InSEAption


PROJET EUROPÉEN InSEAption

INtegrating SEA-level Projections in climate services for coastal adaptatTION
(2017-2020)

  • Coordonnateur : Gonéri Le Cozannet, BRGM Orléans, Division Risques
  • Chercheurs de LIENSs impliqués :
    Virginie DUVAT, Professeur de géographie, coordinatrice du projet pour LIENSs
    Médéric GRAVELLE, ingénieur de Recherche en géosciences
    Heitea TEROROTUA, Doctorante en géographie (thèse CIFRE Université de la Rochelle-Créocéan)
    Guy WÖPPELMANN, Professeur de géosciences
  • Partenaires extérieurs :
    Partenaires scientifiques : BRGM Orléans, France (porteur) ; Global Climate Forum (GCF), Berlin, Germany ; Mediterranean Institute for Advanced Studies (IMEDEA), University of the Balearic Islands, Spain ; Institute for Marine and Atmospheric Research (IMAU), Utrecht, Netherlands ; Créocéan, La Rochelle, France.
    Principaux acteurs partenaires : institutions internationales et nationales concernés par les services climatiques pour l’adaptation au changement climatique ; représentants des gouvernements de la Polynésie Française et des Maldives (pays partenaires)
  • Organisme(s) financeur(s) :
    Union Européenne, European Research Area for Climate Services ERA4CS
  • Mots-clés : Services climatiques, adaptation, élévation du niveau de la mer, îles tropicales, Maldives, Polynésie française

Présentation et objectifs du projet

Le projet InSEAption répond à la demande croissante en services climatiques côtiers qu’expriment les acteurs qui agissent à différentes échelles, du global au local. Ce projet s’attache plus particulièrement à développer des méthodologies innovantes permettant d’intégrer, dans une perspective de soutien aux politiques d’adaptation, différents champs de connaissances relatifs aux projections d’élévation du niveau de la mer (IMAU, IMEDEA, BRGM), à l’évaluation de ses impacts biophysiques et socioéconomiques (GCF, BRGM, Créocéan, LIENSs), et à l’analyse des systèmes de gouvernance (GCF).
InSEAption développe ces services climatiques avec différents groupes d’utilisateurs correspondant aux différentes échelles de l’action :
(1) À l’échelle internationale à régionale (WP1), InSEAption construit des services climatiques destinés aux grands acteurs économiques, aux institutions internationales et aux gouvernements, par la mise en place de bases de données cohérentes sur l’élévation du niveau de la mer, ses impacts et l’adaptation. Ces actions se développent en appui aux sphères décisionnelles et de financement de l’adaptation.
(2) À l’échelle régionale à locale (celle des cas d’étude maldivien et polynésien, qui font respectivement l’objet des Work Packages 2 et 3), InSEAption s’emploie à répondre aux besoins des gestionnaires et des élus en services climatiques taillés sur mesure, afin de les aider à appréhender à l’échelle de leur territoire l’élévation du niveau de la mer, et ses impacts biophysiques et socioéconomiques. L’objectif est ici d’apporter un appui aux politiques de développement et d’aménagement du territoire, et de gestion des risques.

L’UMR LIENSs est prioritairement impliquée dans les Work Packages 2 (Maldives) et 3 (Polynésie française). Dans le Work Package 2, elle contribue à l’évaluation des impacts biophysiques du changement climatique. En complément, LIENSs assure la coordination du Work Package 3, développé en étroite collaboration avec le BRGM et Créocéan (thèse CIFRE de Heitea TEROROTUA).

Structure du projet InSEAption
(document de projet, p. 8)

Principaux résultats attendus

L’UMR LIENSs contribuera plus particulièrement à produire les résultats suivants :

Work Package 2 - Etude de l’évolution récente (1960-Actuel) et de la vulnérabilité des îles coralliennes des Maldives

  • Analyse de l’évolution de la surface et de la position du trait de côte
  • Détermination des principaux facteurs d’influence des changements observés

Afin de renseigner les changements récents et en cours, et plus particulièrement les impacts du boom démographique (doublement de la population tous les 25 ans) et touristique maldivien, sur l’évolution des îles des atolls qui composent ce territoire, nous avons évalué l’évolution de la surface de 104 îles habitées et de 82 îles-hôtels entre 2004-2006 et 2014-2016, à partir de l’analyse comparée d’images satellites. Cette étude montre que les travaux de remblaiement du platier récifal effectués pour agrandir les îles (surface moyenne de 0,2 km2 à l’échelle de l’archipel) ont engendré une augmentation de surface de 93,5% des îles habitées étudiées. Pendant la même période, le remblayage du platier récifal et/ou l’implantation d’ouvrages de défense ont engendré un gain de surface sur 79,2% des îles-hôtels étudiées. De plus, 52% des îles habitées et hôtels qui ont connu un gain de surface au cours de cette période ont connu des taux d’expansion supérieurs à 10%, 13 îles habitées et 6 îles-hôtels ayant enregistré des taux supérieurs à 50% (Figure 1).

Figure 1. Evolution de la surface des 186 îles maldiviennes étudiées entre 2004-2006 et 2014-2016.
La zone indiquée en jaune correspond à une stabilité relative de la surface des îles (3% < x < –3%), la zone en vert à une expansion (x ≥ 3%) et la zone en rouge à une contraction (x ≤ –3%). Les îles étudiées (110 îles représentant 59,1% de l’échantillon) ont préférentiellement connu une expansion ; 71 îles (38,2%) ont connu une stabilité relative de leur surface et 5 îles-hôtels une contraction

La contribution majeure des facteurs anthropiques, et plus particulièrement du remblayage du platier récifal et des ouvrages de défense, à l’évolution de la surface des îles habitées et hôtels maldiviennes explique qu’elles affichent un comportement différent de celui des îles peu ou pas aménagées, telles que celles de l’atoll de Gaafu-Alifu Dhaalu (dont 19,5% seulement ont connu un gain de surface au cours des dernières décennies) et celles des atolls du Pacifique (dont 15,5% des 709 îles documentées en 2019 avaient connu une augmentation de surface). Ces conclusions indiquent que les données produites jusqu’à présent, qui portent pourtant sur plus de 700 îles réparties entre les atolls du Pacifique et de l’Océan Indien, ne sont pas représentatives de la situation des îles aménagées (les données existantes portant principalement sur des îles non occupées). Cela signifie que des études spécifiques sont requises pour renseigner la situation des îles habitées et exploitées, qui sont essentielles pour le maintien de l’habitabilité des Etats et territoires composés d’atolls. En complément, cette étude défend l’idée que les études visant à évaluer l’évolution des îles coralliennes doivent intégrer différentes temporalités et notamment inclure des pas de temps courts (la dernière décennie) afin de refléter fidèlement les tendances en cours. En effet, les évolutions réalisées sur les 4 à 6 dernières décennies, si elles sont fondamentales pour dégager des tendances de "long terme" (à l’échelle de ce type d’étude), ne permettent pas de capturer le phénomène d’accélération de la transformation des îles qui s’observe par exemple aux Maldives sous l’effet des aménagements et des recompositions territoriales post-tsunami (2004).

Figure 2. Illustration des changements observés sur les îles habitées maldiviennes entre 2004-2006 et 2014-2016.
Le panel a montre une île qui a connu peu de changement de surface (+ 1ha, soit +0,9%). Sur cette île, le principal changement observé est une avancée localisée du trait de côte lagonaire sous l’effet de travaux de remblayage associés au dragage du bassin portuaire. b montre une île qui a connu d’importants changements de surface (+3,2 ha, représentant un gain de surface de 17,9%) sous l’effet de l’extension du port et du remblaiement côtier associé. c et d montrent des îles qui ont connu des changements très importants (+22,5 ha représentant un gain de surface de 105,1% pour Thulhaadhoo ; +42 ha représentant un gain de surface de 241,4% pour Vilufushi), sous l’effet du remblayage du platier récifal. Sur ces îles, le trait de côte est désormais entièrement fixé.

L’évolution atypique des îles habitées et hôtels maldiviennes est contrôlée par (1) des facteurs politico-institutionnels, tels que le recours systématique à l’ingénierie côtière, qui est profondément ancré dans la vision et les pratiques d’aménagement et de gestion des risques du gouvernement maldivien, (2) des facteurs démographiques, la forte pression démographique encourageant l’extension artificielle des îles, (3) des facteurs socioéconomiques, tels que l’impératif de développement et de sécurisation vis-à-vis des risques naturels des îles éloignées de la zone centrale, qui accusent un fort retard de développement et d’équipement.

Le modèle d’aménagement-développement maldivien, basé sur le remblayage et la fortification des côtes, a des impacts destructeurs sur l’environnement marin et côtier. Il questionne par ailleurs la capacité future des Maldives à se maintenir sur la voie de l’ingénierie lourde (et à la financer sur un nombre croissant d’îles) face à des pressions climatiques croissantes. Plus globalement, cette étude montre l’importance de mettre en évidence et de considérer les sentiers de dépendance (dépendance à l’ingénierie lourde ici) associés aux politiques publiques pour discuter des voies d’adaptation possibles à l’échelle d’un territoire (l’adaptation écosystémique étant par exemple déjà compromise sur les îles remblayées-fortifiées maldiviennes).

Work Package 3 - Polynésie française
1. Co-construction avec les acteurs concernés de services climatiques d’adaptation à l’élévation du niveau de la mer en Polynésie française

  • Service climatique « Risque de déstabilisation des plages et des îles d’atolls » (contrôle de l’érosion côtière)
  • Différents produits sont en cours de réalisation : des fiches de résultats synthétiques à destination des acteurs (Fiche 1 - Fiche 2 - Fiche 3) , la création de modules de formation demandés par les acteurs institutionnels
  • Service climatique « Trajectoires d’adaptation dans les atolls » (lien avec le projet STORISK)
    Un travail de conceptualisation des trajectoires d’adaptation possibles pour différents types d’îles (en fonction du degré de dégradation des écosystèmes marins et côtiers) a été réalisé, qui met en évidence la nécessité de penser l’adaptation à l’échelle des îles. Cette étude montre d’abord que les mesures d’adaptation applicables diffèrent en fonction de l’état des écosystèmes marins et côtiers : les îles qui possèdent des écosystèmes en bonne santé peuvent faire l’objet de mesures d’adaptation basées sur les écosystèmes, ce qui n’est pas le cas des îles fortement modifiées par les aménagements. Elle propose ainsi, sur le plan conceptuel, une sélection et un séquençage différenciés des mesures d’adaptation dans le temps en fonction du contexte (Figure 3) (voir le détail dans Magnan et Duvat, 2020).
    Figure 3. Trajectoires d’adaptation types définies en fonction du degré de dégradation des écosystèmes marins et côtiers aux Maldives.
  • Service climatique « Solutions basées sur la nature »
    Les solutions basée sur la nature consistent à s’appuyer sur la protection et/ou la restauration des écosystèmes pour atteindre des objectifs sociétaux (ici, réduire les risques côtiers et s’adapter au changement climatique). Un inventaire des solutions basées sur la nature mises en œuvre dans les outre-mer dans le but de réduire les risques d’érosion côtière et de submersion marine est en cours de réalisation. Il permettra de dresser un premier bilan de l’utilisation de ces mesures et de produire un premier retour d’expérience sur leurs conditions de mise en œuvre, leur efficacité et leur popularité et gouvernabilité dans les outre-mer. Cette étude fait suite au Forum Littoral Outre-Mer organisé par le Conservatoire du Littoral les 5 et 6 octobre 2020. Elle donnera lieu à la production d’une synthèse à destination des acteurs des outre-mer et d’un article scientifique.

2. Réalisation d’un diagnostic territorial d’adaptation au changement climatique de la Polynésie française (lien avec le projet STORISK)

  • Mise au point d’une méthodologie d’évaluation de l’adaptation au changement climatique sur un territoire donné
    - Travail réalisé en 2019 avec l’appui de Toanui VIRIAMU (chargé de recherche) (publication en préparation).

Articles scientifiques, chapitres d’ouvrages, etc. :

  • MAGNAN A.K., SCHIPPER, L.E.F., DUVAT V.K.E., 2020. Frontiers in climate change adaptation science : advancing guidelines to design adaptation pathways. Current Climate Change Reports. https://doi.org/10.1007/s40641-020-00166-8
  • MAGNAN A.K., DUVAT V.K.E., 2020. Towards adaptation pathways for atoll islands. Insights from the Maldives. Regional Environmental Change, 20, 119. Doi : 10/1007/s10113-020-01691-w
  • DUVAT V.K.E., 2020. Human-driven atoll island expansion in the Maldives. Anthropocene 32, 100265. Doi : 10.1016/j.ancene.2020.00160
  • TEROROTUA H., DUVAT V., MASPATAUD A., OURIQUA J., 2020. Assessing perception of climate change by decision-makers and designing coastal climate services : lessons learnt from French Polynesia. Frontiers in Marine Science 7, 160. DOI : 10.3389/fmars.2020.00160.
  • DUVAT V.K.E., MAGNAN A., 2019. Rapid human-driven undermining of atoll island capacity to adjust to ocean climate-related pressures. Scientific Reports 9, 15129. Doi : 10.1038/s41598-019-51468-3
  • DUVAT V.K.E., MAGNAN A., 2019. Contrasting potential for nature-based solutions to enhance coastal protection services in atoll islands. In : C. Klöck & M. Fink (Eds.) Dealing with climate change in small islands : towards effective and sustainable adaptation ? Göttingen University Press, Göttingen, pp. 45-75. https://doi.org/10.17875/gup2019-1211

Communications dans des colloques :

  • Duvat V.K.E., 2019 (conférence invitée). Societal vulnerability and climate change impacts : insights from Indian Ocean islands. Implications of climate change on defence and security in the Indian Ocean. Observatory of Defence and Climate Seminar, Paris, 28 June 2019.
  • Duvat V.K.E., 2019 (conférence invitée). Solutions fondées sur la nature : quelle contribution à l’adaptation au changement climatique ? Enseignements du projet RESCCUE dans le Pacifique insulaire. Agence Française de Développement, Paris, 25 juin 2019, discutante.
  • Duvat V.K.E., 2018 (conférence invitée). Does nature still and always work ? Exploring the potential for nature-based solutions to climate change in atoll countries and territories. International Conference "Dealing with climate change on small islands : toward effective and sustainable adaptation", 25-27 July 2018, Hannover, Germany.
  • Terorotua H., Duvat V., Le Cozannet G., 2018 (poster). Assessing adaptation to climate change needs in French Polynesia. Workshop Dealing with climate change on small islands : toward effective and sustainable adaptation ? Hannover, Germany, 25-27 July 2018.

Dissémination vis-à-vis des acteurs :

  • Duvat V.K.E., 2019. Le service de protection côtière rendu par les écosystèmes tropicaux face au changement climatique. Audition au Sénat, Délégation aux outre-mer, 25/06/2019.

site internet du projet : http://www.inseaption.eu/

publie le mercredi 20 janvier 2021